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Amour de soi, Image de soi, Confiance en soi, quelle différence ?

Le manque de confiance en soi est un motif fréquent de consultation. Certaines personnes, très performantes dans leur travail ou dans une activité, se plaignent de perdre leurs moyens en d’autres circonstances.

En présence d’une personne de notoriété ou quand il s’agit de s’exprimer en public, oralement ou de manière corporelle (danse, chant, aller à la plage…), ces personnes par ailleurs très sûres d’elles même se trouvent en difficulté. Peut-on dite qu’elles manquent seulement de confiance en elles ou est-ce autre chose qui se joue ?


 

DISTINGUER LES « ENJEUX » DE « L’EN-JE »

Il nous est à tous arrivé de douter de nos capacités au cours d’une épreuve, ou d’avoir peur de nous tromper, voire d’échouer. C’est le « blanc » à l’examen, la boule au ventre au moment de parler en public, l’ascenseur émotionnel en face d’une personnalité admirée ou crainte ou le découragement face à l’image que nous renvoi le miroir. Certains d’entre nous peuvent même avoir tendance à se dévaloriser face à l’erreur. Nous verrons ci-après que les enjeux de ces différentes situations sont distincts, quand bien même il existe un lien qui les sous-tend. 

Il n’y a pas d’échecs, seulement des apprentissages…

A l’instar de Nelson Mandela, qui ne pouvait que gagner ou apprendre*, beaucoup de nos erreurs peuvent devenir nos meilleurs professeurs, pour peu que nous sachions en tirer parti. Qu’est-ce qui fait que nombre d’entre nous ne le font pas ?

 

La plupart du temps, en raison d’une confusion regrettable entre le niveau de nos capacités/compétences et la valeur de notre Être. Or, s’il est assez facile de proposer un ensemble de critères pour évaluer une compétence ou une prestation, je mets quiconque au défi de trouver les critères d’évaluation universels d’un Être humain… Et quand bien même quelqu’un s’y risquerait, il faudrait aussi tôt débouter fermement sa tentative, car l’Être ne s’évalue ni ne se juge, même dans un tribunal ! Par conséquent, ce que nous faisons, réussissons ou ratons, en relation avec nos compétences, ne disent rien de la valeur de notre Être.

S’auto-dévaloriser en cas d’erreur, c’est rater doublement la cible ! Une première fois par l’erreur commise, et une seconde fois en n’en retirant aucun apprentissage. Car le cerveau humain est ainsi fait qu’aucun progrès, aucune compétence ne s’acquiert du premier coup et sans erreur : il est impossible d’apprendre à marcher sans tomber, d’apprendre à nager sans boire la tasse, de devenir violoniste sans fausses notes…

 

* « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends »


D’ABORD S’AIMER SOI-MEME, INCONDITIONNELLEMENT

 

Il est donc primordial de distinguer d’une part l’Amour de soi en tant qu’Être, non mesurable et invariable, et d’autre part nos compétences et nos comportements qui s’évaluent dans un cadre précis (selon des critères d’évaluation qui découlent de ce cadre) et peuvent par ailleurs s’améliorer sinon se compléter.

Ainsi il faut s’aimer soi-même suffisamment pour se tromper ou échouer sans se dévaloriser : s’aimer tel que l’on est, en pleine conscience de nos capacités et dans l’acceptation de nos limites incontournables (étant sourd.e, je ne serais jamais musicien.ne), ce qui n’empêche pas le désir d’améliorer ce qui est modifiable (changer un comportement, améliorer ou ajouter une compétence). 

Sans cet amour de soi qui autorise l’erreur et l’imperfection, nous nous prenons au piège de notre exigence de perfection, qui est de l’ordre du fantasme et qui paralyse l’action. Car sans risque (d’échouer) assumé, point d’action ! Nous nous retrouvons bloqués dans notre zone de confort.

 

 


L'excellcene nous invite à faire de notre mieux en apprenant de nos erreurs.
Excellence versus fantaseme de perfection

 

Nos petites voix intérieures, faire taire le Juge     

Cet Amour de soi inconditionnel se construit dans le Trajet (l’histoire) du Sujet dès les premières semaines in utéro, puis après la naissance dans la manière dont le bébé est accueilli de manière inconditionnelle par ses parents ou les personnes qui sont en place de maternants. Il se renforce dans l’Enfance, par l’éducation bientraitante qui aide l’enfant à distinguer entre ce qu’il est et ce qu’il fait, en ayant droit à l’erreur. Cela passe par l’exemplarité et la parole de l’Adulte qui soutient et « élève » l’Enfant plutôt qu’il ne le rabaisse. A ce titre toute parole dévalorisante ou rabaissante contribue à saper l’Amour de soi chez l’Enfant et à nourrir le Juge intérieur avec lequel il continuera à se faire du mal plus tard…

Il ne s’agit pas non plus d’abimer l’Enfant par des compliments excessifs sans rapport avec la réalité de ce qu’il fait (en ne lui indiquant pas ses erreurs), mais de lui renvoyer qu’il est aimé pour ce qu’il Est, quoi qu’il fasse, tout en lui signifiant clairement notre attente qu’il se comporte de manière bienveillante, envers lui-même comme envers autrui.  

 

Comme une mise à jour de notre logiciel   

A l'âge adulte, il revient à chacun de mettre à jour le discours introjecté que nous portons sur nous-même (souvent des jugements que nous avons reçus dans l'enfance), en examinant les croyances avec lesquelles nous nous limitons et nous nous entravons, et en triant les pensées qui nous aident et celles qui nous bloquent.

Il nous faut rendre à César (nos parents, nos professeurs, etc.) les jugements dont on nous a affublés et devenir notre propre Parent, soutenant et normatif à la fois, ce qui peut s’avérer difficile si nous n’avons pas reçu cela de nos propres parents, ou seulement d’une manière maltraitante.

 

  

ENSUITE, CONSTRUIRE UNE IMAGE DE SOI SATISFAISANTE

 

Cet Amour de soi inconditionnel détermine le Regard bienveillant porté sur soi, d’où découlera une Image de soi suffisamment solide pour s’accepter tel.le que l’on est, avec un corps imparfait, un handicap, une maladie ou encore le vieillissement auquel nous sommes tous exposés, et quel que soit le regard de l’autre.

 

Cette Image de soi se construit dans l’Enfance, par le regard que notre entourage nous porte. Elle se rejoue de manière très forte à l’adolescence afin de nous affranchir du regard extérieur en intégrant notre propre image, par la recherche d’une identité propre et singulière.

Toute parole dénigrante ou jugement rabaissant sur l’aspect physique d’un enfant ou d’un ado, comme sur son comportement, a des répercussions sur la formation de l’Image de soi, surtout si les remarques sont répétitives. Je me souviens d’un parent qui qualifiait régulièrement son jeune fils de « Bulldozer » parce que ce dernier avait du mal à se canaliser… Un autre qui appelait sa fille « bouboule », laquelle a fini par devenir anorexique en grandissant !

Autant de "douces violences" qui laissent une empreinte à l'âge Adulte.

 

Les réseaux sociaux : un fléau pour l’image de soi !

Quelle que soit la manière dont notre image s’est construite dans l’Enfance, il est toujours possible de la réparer à l’âge Adulte, en apprenant à nous donner des signes de reconnaissance et à en demander si besoin, en lâchant toute injonction normative à laquelle il s’agirait de nous conformer.

A ce titre, l’impact des réseaux sociaux sur les adolescents est délétère, véhiculant la plupart du temps, à coup de selfies, un fantasme d’Image de soi artificielle souvent sexuée, et une injonction de corps parfait désirable H24, dans une totale absence d'intimité et en contradiction par ailleurs avec le mouvement MeToo et l’idéal féministe actuel.

 

 

LA CONFIANCE, ÇA SE REJOUE TOUTE LA VIE !

 

Quant à la confiance en soi, en lien avec nos compétences et nos capacités, elle peut se rejouer toute la vie, à chaque sortie de notre zone de confort : à l’occasion d’un entretien d’embauche, d’un examen, d’une prise de parole, des événements auxquels nous ne sommes pas habitués et peu entrainés.

Nous risquons d’autant plus de la perdre si les deux autres registres (Amour de soi et Image de soi) sont fragiles.

Ainsi, nous risquons de manquer de confiance soi dans les cas suivants :

  • Lorsque nous sommes confrontés à une nouvelle situation, qui demande l'apprentissage de nouvelles compétences,

  • Quand nous nous trouvons en situation d'évaluation ou de mobilisation de nos compétences, et que nous gérons mal notre stress (débordement émotionnel),

  • Quand nous souffrons d'un fantasme de perfection, qui n'autorise pas l'erreur. La plupart du temps le fantasme de perfection découle d'un Amour de soi défaillant (je ne m'aime que si je suis parfait et que je n'échoue jamais),

  • Quand nous confondons l'Être et le Faire (peur de ne pas être à la hauteur, peur de décevoir…). Souvent en lien avec l'Image de soi, les attentes de notre entourage et l'image qu'il nous a renvoyé lorsque nous n'y satisfaisions pas.

 

 

L’ESTIME DE SOI : UN NOUAGE 3 EN 1 !      

En conclusion, nous voyons bien comment ces trois registres Amour de soi, Image de soi et Confiance en soi sont reliés et constituent, pris ensemble, l’Estime de soi. Comme un shampoing 3 en 1, dont chaque composant ne peut exister sans les deux autres.            Nous pouvons chaque jour apprendre à cultiver et à nourrir ces trois registres, en prenant soin de nous donner des signes de reconnaissance, en étant vigilants vis-à-vis des petites voies intérieures qui tentent de nous juger, en refusant de la part d’autrui tout jugement ou reproche qui n’est pas constructif et ne nous aide pas à avancer, en nous autorisant l’erreur et les apprentissages qui en découlent.

 

Pour terminer, j’aimerai partager deux citations inspirées et qui invitent à l’épanouissement d’une Estime de soi plus radicale :

-        "Il nous faut déconstruire encore et toujours ce qu’on croyait être soi. Ne pas ‘devenir soi-même’ mais aller vers soi comme on va à la rencontre de l’amour (…) abandonner les dettes d’enfance et les règles truquées des rôles auxquels nous nous prêtons." (Anne Dufourmantelle, in Eloge du Risque, Payot et Rivages, 2021)

-        "Comme du sein de la terre on sort de l'or et des diamants, ainsi, du plus profond de toi-même il y a des trésors qu'il faut amener à la lumière. " (Goethe)

Ces deux Parole nous rappellent que l’être humain est avant tout un Sujet en devenir, capable de se réinventer chaque matin, pour peu qu’il cesse de s’identifier totalement aux formes physiques ou psychiques dans lesquelles il s’est construit, pour laisser une porte ouverte au pouvoir transformateur de la Vie. Comme le surfeur prend la vague sans savoir quand ni quelle sera la suivante, ne rejouant jamais la même trajectoire ni la même chorégraphie, mais laissant l’océan lui dicter le geste juste, de même nous pouvons paradoxalement devenir acteur de notre vie en acceptant de nous laisser porter par son courant mystérieux…

Il n’est alors même plus question d’Estime de soi mais d’être « un avec » le mouvement de la Vie.

Sources :      

 

o   Christophe André, François Lelord   L’Estime de soi (Odile Jacob 1999)

o   Caroline GORMAND

La Cohérence cardiaque, le guide pratique au quotidien

(Editions Rustica, 2021, page 103)

 

o   Comment réparer l’Estime de soi :    https://www.espace-ressources-psychotherapie.com/confiance

 

o   Anne Dufourmantelle

Eloge du risque

 

o   Le Rapport des 1000 premiers jours (à télécharger ici)


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